Présentation historique du SIBO

L’histoire scientifique du SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth, ou Pullulation Bactérienne de l’Intenstine Grêle en français) est fascinante : elle retrace le passage d’une complication chirurgicale rare et grave à un concept de dysbiose généralisé et ultra-médiatisé, au cœur de vifs débats médicaux.

A la fin des années 30,  des médecins (Barber et Hummel) décrivent pour la première fois une forme d’anémie (manque de globules rouges) chez des patients souffrant de séquelles chirurgicales intestinales. Des anses borgnes, autrement dit des impasses intestinales fabriquées chirurgicalement (notamment pour guérir des ulcères dont on n’avait à l’époque que peu de traitement médical)  créaient des zones de stagnation où les bactéries prolifèrent. Ces bactéries privaient donc le patient de vitamine B12 et de graisses, provoquant de graves carences et une dénutrition sévère.

On développa une technique prouvant cette prolifération, à savoir une  aspiration intestinale démontrant chez ces patients la très forte surpopulation bactérienne. 

Dans les années 1970, l’aspiration étant invasive et complexe, des chercheurs mettent au point des tests respiratoires au glucose ou au lactulose. Leur principe repose sur le fait que les cellules humaines ne produisent pas d’hydrogène ni de méthane : si ces gaz montent rapidement dans l’air expiré après ingestion de sucre, c’est que des bactéries fermentent trop haut dans le tube digestif. Un peu comme un alcootest.

La révolution Pimentel : le lien avec le Côlon Irritable. 

Un tournant ( et un peut-être selon moi un virage un peu trop serré…) survient dans les années 2000. 

Le gastro-entérologue américain Dr Mark Pimentel (Los Angeles USA) publie une étude révolutionnaire affirmant que 78 % des patients souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable (SII / IBS) ont en réalité un SIBO.
Le changement de paradigme : Le SIBO sort alors des blocs opératoires pour entrer dans le quotidien de millions de personnes souffrant de ballonnements chroniques inexpliqués !

Pimentel démontre qu’en traitant ces patients avec des antibiotiques, leurs symptômes s’améliorent.

Durant la décade 2010 – 2020, un antibiotique non absorbable par l’intestin, la Rifaximine, est officiellement approuvé pour traiter le SII à composante diarrhéique lié au SIBO.

Le SIBO est ainsi passé du statut de rareté anatomique au XXe siècle à celui de modèle d’étude privilégié de la dysbiose (trouble de la flore) intestinale contemporaine.